Un nouveau travail scientifique mené au sein de l’Observatoire de la Dynamique Côtière de Guyane (ODyC) permet d’affiner la compréhension du déplacement des bancs de vase amazoniens et de leurs effets sur le littoral.
De Cayenne à l’estuaire du Maroni, le littoral guyanais évolue au gré d’une dynamique sédimentaire exceptionnelle. Alimentés par les apports du fleuve Amazone, les grands bancs de vase se déplacent progressivement vers l’ouest, modifiant profondément les conditions hydrodynamiques auxquelles sont soumises les plages et les côtes.
Pour mieux comprendre cette dynamique, Hamza Taffahi, étudiant en Master 2 Gestion des Littoraux et des Mers à l’Université de Montpellier, a réalisé son stage de fin d’études au sein du BRGM Guyane et de l’ODyC, du 1er avril au 31 août 2026.
Son mémoire, intitulé « Dynamique des bancs de vase amazoniens en Guyane : relation entre leur déplacement et leur forme en fonction des paramètres météo-marins et de l’orientation du littoral », s’intéresse à une question essentielle : peut-on mieux quantifier le déplacement des bancs de vase et anticiper les phases d’envasement et de dévasement qui influencent directement l’évolution des plages guyanaises ?
Jusqu’à présent, les suivis reposaient principalement sur la position globale des bancs de vase et leur vitesse moyenne de migration. Le travail de Hamza propose d’aller plus loin en distinguant trois compartiments morphologiques au sein de chaque banc : l’avant-banc, le prisme principal et l’arrière-banc.
Cette approche permet d’observer que les différentes parties d’un même banc ne se déplacent pas nécessairement à la même vitesse.
Pour mener cette analyse, Hamza s’est appuyé sur une base de données issue du suivi satellitaire des bancs de vase entre 2016 et 2025, couvrant près de 300 km de littoral guyanais. Les données ont ensuite été analysées à l’aide d’outils SIG et statistiques afin de caractériser les vitesses de migration et leurs relations avec les conditions de houle et la géomorphologie du littoral.
L’étude confirme la migration générale des six bancs de vase étudiés vers l’ouest, mais met en évidence une forte hétérogénéité de leur comportement.
Le banc situé au niveau de Sinnamary présente ainsi une migration relativement homogène, avec des vitesses proches de 2,6 à 2,8 km/an selon les compartiments. À l’inverse, certains bancs présentent des différences importantes entre leur avant, leur partie centrale et leur arrière.
Le banc 4, actuellement au niveau de Kourou, présente notamment la vitesse de migration la plus importante pour son avant-banc, avec environ 3,06 km/an. Ces différences montrent que la migration d’un banc de vase ne peut pas être décrite uniquement par une vitesse moyenne : sa morphologie et son évolution interne apportent également des informations importantes.
Le travail cherche également à identifier les facteurs susceptibles d’expliquer ces différences de comportement.
L’analyse met en évidence des relations entre la position des différents compartiments des bancs, leur morphologie et plusieurs paramètres météo-marins, notamment la puissance et la période des vagues ainsi que leur angle d’incidence. L’orientation du littoral et la présence d’estuaires sont également prises en compte.
Les résultats montrent cependant que ces paramètres n’expliquent qu’une partie de la dynamique observée. Le déplacement des bancs de vase résulte donc de l’interaction de plusieurs processus, illustrant toute la complexité du fonctionnement hydro-morpho-sédimentaire du littoral guyanais.
L’un des principaux intérêts de ce travail réside dans ses perspectives opérationnelles pour l’ODyC.
En améliorant la compréhension du déplacement et de la déformation des bancs de vase, cette méthode permet de mieux anticiper les périodes durant lesquelles certaines plages passent d’une phase d’envasement à une phase de dévasement, ou inversement.
Les projections issues de l’étude indiquent notamment que les plages de Kourou devraient entrer en phase d’inter-banc autour de 2028, avant l’arrivée du banc suivant plusieurs années plus tard. Du côté de l’île de Cayenne, les anses devraient prochainement entrer en phase d’inter-banc, tandis que l’arrivée du banc 6 est estimée vers 2034 pour Montjoly et 2037 pour Montabo.
Ces échéances constituent des indications prospectives issues des tendances observées et des modèles développés dans le cadre du mémoire. Elles contribuent à améliorer la lecture des évolutions futures du littoral, sans pour autant constituer des prévisions déterministes.
Ce mémoire s’inscrit directement dans les missions de l’ODyC : observer, comprendre et anticiper les évolutions du littoral guyanais.
En combinant données satellitaires, cartographie, analyse morphologique et statistiques, le travail réalisé par Hamza Taffahi contribue à enrichir les outils mobilisés pour le suivi des bancs de vase et, plus largement, pour l’analyse des risques liés au recul du trait de côte.
Ces résultats pourront notamment contribuer au renforcement des diagnostics d’aléas littoraux produits par l’ODyC, en apportant une vision plus fine des temporalités d’évolution des plages guyanaises et en appuyant, à terme, les stratégies d’adaptation et de gestion du littoral.
Un travail qui illustre une nouvelle fois l’importance du suivi scientifique de la dynamique côtière pour accompagner les territoires guyanais face à un littoral en perpétuelle évolution.
Lien vers le rapport : Rapport_TAFFAHI_Hamza_stage M2