Face à l’accélération du changement climatique et à la mobilité croissante du trait de côte, l’État renouvelle sa Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte (SNGITC) pour la période 2025-2030. Cette nouvelle stratégie propose un changement de paradigme : plutôt que de chercher systématiquement à fixer le trait de côte, il s’agit désormais d’anticiper son évolution et de préparer les territoires à s’y adapter.
Passer de « lutter contre » à « vivre avec » le recul du trait de côte
La SNGITC 2025-2030 place l’anticipation au cœur de la gestion du littoral. Le principe est désormais de « vivre avec » le recul du trait de côte, en privilégiant des trajectoires d’adaptation progressives et flexibles plutôt que la multiplication des ouvrages de protection.
Dans les secteurs les plus exposés, la stratégie encourage ainsi à limiter l’urbanisation et à anticiper, lorsque cela est nécessaire, la recomposition spatiale du littoral. Cette démarche peut conduire à envisager à long terme la relocalisation progressive de certaines activités, infrastructures ou services lorsque leur maintien sur le littoral devient trop vulnérable.
Cette nouvelle approche implique également de mieux intégrer le recul du trait de côte et l’ensemble des aléas littoraux dans les politiques publiques, avec une vision globale des territoires exposés.
La donnée et l’innovation technologique au service de l’observation du littoral
L’un des axes particulièrement novateurs de la stratégie concerne le développement des outils d’observation et de traitement des données.
La SNGITC prévoit notamment de renforcer le recours à la télédétection, aux données satellitaires, à l’intelligence artificielle et aux jumeaux numériques. Ces technologies doivent permettre d’améliorer la fréquence des suivis et de mieux anticiper les évolutions du littoral, notamment dans les secteurs où les acquisitions de terrain sont complexes ou coûteuses
La stratégie insiste également sur la nécessité de renforcer l’interopérabilité et la mutualisation des données entre services de l’État, collectivités, observatoires et organismes scientifiques.
Un enjeu majeur pour les territoires ultramarins
Ces orientations sont particulièrement pertinentes pour les Outre-mer. L’éloignement géographique, la diversité des milieux et les contraintes logistiques peuvent rendre les campagnes de terrain régulières difficiles et coûteuses. Le développement des technologies satellitaires, de la télédétection, de la photogrammétrie et de l’intelligence artificielle représente donc une opportunité pour augmenter la couverture et la fréquence des observations. La SNGITC reconnaît également le rôle essentiel des observatoires locaux du trait de côte, chargés d’assurer la continuité des suivis, de mettre les données à disposition et d’apporter un appui technique aux acteurs locaux. Leur développement et leur mise en réseau, notamment au sein du Réseau national des observatoires du trait de côte (RNOTC), sont ainsi encouragés.
Les solutions fondées sur la nature au cœur de l’adaptation
Autre évolution majeure : la place accordée aux solutions fondées sur la nature (SfN).
La stratégie encourage la préservation et la restauration des écosystèmes littoraux capables de contribuer à la réduction des risques : dunes, zones humides, estuaires, récifs, petits fonds marins et mangroves. Ces écosystèmes peuvent contribuer à atténuer l’énergie des vagues, limiter certains phénomènes d’érosion et de submersion et réduire les effets des événements extrêmes, tout en apportant des bénéfices pour la biodiversité et les paysages.
Cette orientation concerne explicitement les territoires ultramarins, où les mangroves constituent un patrimoine naturel et un élément potentiel des stratégies d’adaptation particulièrement important. Les Outre-mer français abritent près de 100 000 hectares de mangroves, dont la protection et la restauration peuvent contribuer à la fois à la réduction des risques, à la préservation de la biodiversité et au maintien des fonctionnalités écologiques du littoral.
Vers une approche véritablement multi-aléas
La nouvelle stratégie invite également à dépasser une vision du littoral centrée uniquement sur l’érosion.
Les futurs scénarios d’évolution devront intégrer simultanément l’érosion côtière, l’élévation du niveau marin, les événements extrêmes, les cyclones, la submersion, les inondations, les écoulements fluviaux et la progression du biseau salé. L’objectif est de mieux prendre en compte les interactions entre phénomènes et leurs effets cumulés.
Cette approche apparaît particulièrement adaptée aux Outre-mer, où plusieurs aléas peuvent se combiner et où les possibilités de repli vers l’intérieur des terres sont parfois limitées.
La Guyane : un territoire particulièrement concerné
Pour la Guyane, plusieurs orientations de la SNGITC présentent un intérêt particulier.
Le littoral guyanais se caractérise par des dynamiques côtières complexes, notamment liées à la mobilité des bancs de vase, à l’évolution du trait de côte et à l’interaction entre dynamiques marines et fluviales. Dans ce contexte, le développement d’une observation régulière combinant données de terrain, télédétection et données satellitaires constitue un enjeu majeur.
La stratégie nationale ouvre ainsi des perspectives intéressantes pour renforcer les dispositifs de suivi existants, améliorer la connaissance des dynamiques côtières et développer des outils permettant de mieux anticiper les évolutions futures.
L’approche multi-aléas apparaît également particulièrement pertinente pour le territoire guyanais, en permettant de croiser les problématiques d’érosion, de submersion, d’inondation, d’élévation du niveau marin et de dynamique fluviale.
Enfin, la place donnée aux mangroves et aux solutions fondées sur la nature constitue une opportunité importante pour un territoire où ces écosystèmes occupent une place majeure sur le littoral.
Des politiques d’adaptation à adapter aux réalités ultramarines
La SNGITC reconnaît explicitement que les politiques d’adaptation ne peuvent pas être appliquées de manière uniforme à l’ensemble du territoire français.
Dans les Outre-mer, une grande partie des activités et des enjeux est concentrée sur la frange littorale, tandis que les possibilités de relocalisation peuvent être limitées par la configuration des territoires et la présence d’autres aléas naturels. La stratégie prévoit ainsi une mission d’inspection consacrée aux spécificités ultramarines, dont les recommandations doivent être étudiées en 2026.
Cette reconnaissance est essentielle : les stratégies de recomposition spatiale et d’adaptation devront être pensées à partir des réalités propres à chaque territoire.
Enfin, la SNGITC souhaite renforcer la participation des habitants et des usagers du littoral. Sciences participatives, démarches collaboratives, outils numériques et culturels peuvent contribuer à développer une meilleure compréhension des risques et des évolutions du littoral.
Dans les territoires ultramarins, la stratégie souligne également l’importance de prendre en compte les savoirs traditionnels et communautaires, qui peuvent compléter les connaissances scientifiques et contribuer à une meilleure compréhension des dynamiques locales.
Impliquer les populations et valoriser les savoirs locaux
Enfin, la SNGITC souhaite renforcer la participation des habitants et des usagers du littoral. Sciences participatives, démarches collaboratives, outils numériques et culturels peuvent contribuer à développer une meilleure compréhension des risques et des évolutions du littoral.
Dans les territoires ultramarins, la stratégie souligne également l’importance de prendre en compte les savoirs traditionnels et communautaires, qui peuvent compléter les connaissances scientifiques et contribuer à une meilleure compréhension des dynamiques locales.