Présentation du littoral

Le littoral guyanais : un milieu exceptionnel

Les côtes de Guyane s’étendent sur un linéaire de 378 km entre les fleuves Oyapock à l’est et Maroni à l’ouest. L’originalité du littoral de Guyane repose dans la présence de bancs de vase très mobile, provenant de l’Amazone (sud-est). Ils longent les côtes du Plateau des Guyanes pour poursuivre vers le fleuve Orénoque au Venezuela (nord-ouest). Parmi les 600 millions de tonnes de sédiments qui sont arrachés aux Andes, une partie est charriée jusqu’au plateau des Guyanes. Sur nos côtes, défilent des bancs de vase dont la masse moyenne est de l’ordre de 2 milliards de m³ et qui évoluent à une vitesse variant entre 1 et 5 km/an. Les bancs de vase, qui se forment au cours de la migration des sédiments (fins), peuvent être long de 10 à 60 km, large de 10 à 30 km et épais jusqu’à 5 m.

mangrove-vase-plage

Mangrove en extension, région de Cayenne, octobre 2016.   Pointe rocheuse, vase et galets à l’anse Chaton, Cayenne, septembre 2017.   Plage de sable, Macouria, août 2017.

Environ 80 % de la superficie de la bande littorale de Guyane est recouverte de mangroves en raison de sa situation géographique : l’eau chaude de la zone tropicale offre l’opportunité à cet écosystème de se reproduire à une vitesse de 6 à 10 tonnes/hectare/an et d’accueillir en son sein, de nombreux poissons, invertébrés marins et diverses espèces d’oiseaux. Lorsqu’un banc de vase se fixe à  la côte, l’exondation (fait pour une terre inondée de sortir hors de l’eau) de la vase permet l’accueil des graines qui vont alors germer et coloniser l’ensemble. Localement, la mangrove est caractérisée par 4 espèces arborescentes : Rhizophora ssp, Avicennia germinans, Laguncularia racemosa et Conocarpus erectus. La vitesse de croissance des palétuviers en Guyane peut selon les années variées entre 2 et 4 m de hauteur.

La dynamique hydro-sédimentaire spécifique à notre territoire est à l’origine du déplacement de masses sédimentaires. Les bancs de vase subissent des processus de migration transversaux et longitudinaux en fonction de la houle, de la configuration de la côte, de la nature de la vase, des courants… Ainsi, des secteurs dits « d’inter-bancs » subissent des phénomènes d’érosion, tandis que d’autres secteurs profitent d’une accrétion. La migration des bancs de vase implique que la mangrove est mobile en fonction de la poussée des sédiments d’est en ouest.

Mangrove pionnière à Awala, février 2018. Départ de mangrove sur le littoral de Macouria, août 2017.

Chenier

Schéma de formation des cheniers. BRGM, 2011

Le littoral se situe sur une plaine sédimentaire (côte d’accumulation) qui présente une importante diversité morphologique. Dans le cadre du programme de recherche, Guiasandbeach, les sables des plages de Rémire et Montjoly ont été datés d’environ 120 000 ans Before Present, traduisant un apport du bassin de l’Amazone. Désormais principalement alimentées par les apports sableux fluviaux et locaux (à l’ouest des embouchures), il semblerait que les plages de Guyane n’ont plus de nos jours, d’apports suffisamment conséquent pour former de nouveaux grands cheniers.

Logo_CouleurSite   Il existe les plages estuariennes, au niveau des embouchures, dont le sable provient des fleuves (exemple : la plages des Hattes, Awala-Yalimapo).

Logo_CouleurSite   Les cheniers reposent sur des formations fines consolidées et se forment généralement sur des kilomètres de linéaire côtier en période d’inter-banc (exemple : la plage de la Cocoteraie, Kourou). Lorsque les conditions hydro-dynamiques se calment, les cheniers sont isolés de la mer par une progradation vaseuse.

Logo_CouleurSite   Les plages de poche sont une troisième composante du littoral guyanais. Elles sont délimitées de part et d’autres par des promontoires rocheux (exemple : les anses de l’île de Cayenne).

Autre aspect unique sur les côtes du plateau des Guyanes, la présence de roches du socle précambrien qui ressortent uniquement aux niveaux de Cayenne, Kourou et Iracoubo sous la forme de « plateaux » et « d’îles et îlets » plus au large. Ces côtes rocheuses ou dites d’ablation offrent à la Guyane quelques rares plages de galets.

Le littoral guyanais se caractérise donc par sa diversité exceptionnelle.

Plage estuarienne d’Awala-Yalimapo, décembre 2016.   Plage de poche de l’anse Nadau, septembre 2017.   Chenier de la plage du CSG, Kourou, août 2016.

Les activités anthropiques sont également un marqueur du littoral guyanais. Ce littoral représente environ 6 %, mais concentre pourtant, l’essentiel de la population et des activités économiques. Qu’ils s’agissent des activités portuaires (Dégrad-des-Cannes, Larivot…), de l’urbanisation en bordure du littoral (ouvrages de protection…), des activités touristiques ou agricoles, l’Homme aménage la bande côtière, impactant la dynamique naturelle et dont les conséquences sont souvent mal connues.

Le littoral : une réalité dynamique

Le littoral est un espace à l’interface des milieux continentaux, marins et de l’atmosphère. Ces limites sont très théoriques et sont fixées vers la terre, là où les influences marines cessent d’exister et vers la mer, là où les influences continentales n’existent plus. Le littoral est un espace dynamique et mobile.

L’étagement du littoral guyanais, survol drone de l’anse Nadau, Cayenne, septembre 2017

La frange littorale correspond à l’ensemble de trois domaines :

Logo_CouleurSite   le domaine supralittoral est soumis à l’action des processus subaériens. Il s’étend du niveau des plus hautes mers de vive-eau à la zone où le système dunaire s’arrête vers la partie continentale,

Logo_CouleurSite   le domaine médiolittoral (intertidal) correspond à la zone soumise à l’action de la marée. Elle est comprise entre les niveaux des plus basses et des plus hautes mers des plus fortes marées,

Logo_CouleurSite   la zone infralittorale (subtidal) s’étend jusqu’à la zone de déferlement des vagues. C’est au sein de cet espace que les changements morphologiques et les transferts sédimentaires sont les plus importants.

Le trait de côte est une réalité dynamique complexe qui se définit en fonction du terrain. En raison de la combinaison de toutes les influences, sa délimitation précise fluctue à différentes échelles de temps et d’espace. La position du trait de côte en Guyane est définie par des indicateurs géomorphologiques tels que :

Logo_CouleurSite   la limite de végétation, ou,

Logo_CouleurSite   la laisse de mer (dépôts de matériaux par la mer à marée haute), ou,

Logo_CouleurSite    le pied de talus d’érosion.

L’Observatoire de la Dynamique Côtière de Guyane suit également les profils de plage (topo-bathymétrique) pour connaitre l’évolution sédimentaire du littoral.

Exemples de traits de côte pouvant être suivis : limite de végétation, talus d’érosion anthropisé/naturel ou laisse de plus haute mer, plage de l’Hôtel des Roches, Kourou, février 2018

Source :

Lampert L., 2012. Actualisation de connaissances du domaine marin en Guyane Française, Ifremer, 51 p.

Longueville F., Aertgeerts G., 2018. Observatoire de la Dynamique Côtière de Guyane : bilan 2017. Rapport BRGM/RP-67756-FR. 89 p.

MEEDDM, 2010. La gestion du trait de côte. Édition Quae, Ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, Paris, 304 p.

Moisan M., 2011. État de la connaissance de la caractérisation physique de la côte de Guyane, des pressions anthropiques et des impacts générés : Synthèse et Analyse critique – Rapport BRGM/RP-60823-FR. 116 p.

Moisan M. et De La Torre., 2014. Évolution du trait de côte en Guyane : Caractérisation de la dynamique côtière entre 1950 et 2013 à l’échelle régionale – Rapport BRGM/RP-62904-FR. 60 p.

Philippe E. (Co.), 2014. Glossaire « Risques Côtiers », Projet Cocorisco, 56 p.