De l’espace aux bancs de vase.

De l’espace aux bancs de vase.

De l’embouchure de Amazone au Brésil à celle de l’Orénoque au Venezuela, ce sont plus de 19 bancs de vase qui évoluent entre ces deux estuaires. Avec des tailles variables allant de 20 à 30 km de largeur et de 10 à 60 km de longueur côtière, avec jusqu’à 5 m d’épaisseur verticale, une vitesse de migration 2,2 km par an (Anthony et al. 2008, 2010; Froidefond et al 1988; Gardel et Gratiot 2005; Abascal Zorrilla et al 2018), ces objets sédimentaires peuvent atteindre un volume allant jusqu’à 2*109 m3, soit l’équivalent de plusieurs fois le débit annuel de l’Amazone.

La migration des bancs de vase est une dynamique hydro-sédimentaire complexe. À la fois cyclique et variable spatio-temporellement, elle implique l’interaction d’un grand nombre de mécanismes météo-marins, fluvio-côtiers et des mouvements de grands volumes de sédiments fins. Ce littoral extrêmement mobile implique une connaissance actualisée à haute fréquence pour pouvoir faire état de la situation des bancs de vase et des conditions environnementales imposées aux populations locales qui vivent sur la frange côtière et aider les gestionnaires d’espaces littoraux à la prise de décision. Ces dernières années, les préoccupations socio-économiques et écologiques grandissante ont fait émerger la nécessité de suivre de façon régulière la migration et l’évolution des bancs de vase.

L’environnement complexe et extrêmement dynamique du littoral guyanais rendent son suivi instrumenté sur le terrain difficile sur l’ensemble de la côte. Des études récentes se sont alors tournées vers l’utilisation de données satellites pour pallier ces limites spatio-temporelles. C’est notamment le cas avec l’étude menée par Abascal Zorrilla et al en 2018 (cofinancée par l’ODyC – DGTM, le CNES et le GPMG) qui aborde pour la première fois la cartographie des bancs de vase dans leur globalité via la télédétection de la couleur de l’eau, car jusqu’à présent seules les parties intertidales avaient été étudiées. Avec l’arrivée du programme européen Copernicus, il est aujourd’hui possible d’accéder à des images satellites pouvant couvrir 290 km kilomètres avec une résolution de 10 m à un intervalle de 5 jours entre chaque prise de vue. La richesse des données spatiales disponibles pouvant répondre aux problématiques scientifiques est très vaste, mais leur traitement manuel est chronophage et impose une rythmicité dégradée du suivi.

Pour pallier à ce problème la société I-Sea, spécialisée dans l’observation environnementale par le spatial, propose la création d’une solution consistant en une automatisation de la détection des bancs de vase à travers l’utilisation des données issues des images satellites. De ces données spatiales seront extraits des indicateurs morphométriques et dynamiques caractérisant les bancs de vase et leur migration, de manière automatique et systématique. Le caractère innovant de ce projet repose sur l’automatisation d’un suivi haute fréquence de la dynamique morpho-sédimentaire d’un environnement difficile d’accès, complexe par son substrat, sa mobilité et l’interaction multifactorielle et pluri-scalaire d’un grand nombre de forçages internes et externes. L’automatisation des chaînes de traitement constituera une avancée technologique majeure qui permettra un suivi en temps réel des dynamiques littorales intertropicales et l’anticipation des impacts sur les secteurs à enjeux.

Crédits photos : Vincent Bergthold

Crédits images : I-Sea, 2020.

Les données issues de la solution d’I-Sea et de ces cartographies contribueront activement à alimenter les connaissances sur la dynamique morpho-sédimentaire des bancs de vase fluide transitant le long du littoral guyanais. Les résultats bénéficieront aux gestionnaires qui disposeront d’informations nécessaires pour répondre à leur problématique globale, à savoir comment définir et anticiper la migration des bancs de vase, afin de prévenir les potentiels risques pour les populations, les activités économiques et l’environnement exposés.

 

 

Ce projet est conduit dans le cadre des Challenges d’Innovation Copernicus, mis en œuvre par Aerospace Valley, pilotés par le CNES via l’initiative « Connect By Cnes », et subventionnés par le projet « Copernicus / FPCUP » de l’Union Européenne.

 

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